Dans le bitume.

Dans le bitume des noires villes, naissaient chaque année des espoirs colorés, des fragilités heureuses, et le passant embrumé dans un quotidien morose se plait alors à déambuler au gré des balises printanières, celles qu’on attend tout un hiver et que l’on veut être symboles temporels d’une vie à jamais renouvelée, d’une espérance insatisfaite. Et le temps s’amuse, et les fleurs fanent, et elles reviennent, et de par ces rappels verdoyants au milieu d’un urbain triste, on revient sur des rêves en suspens et on y croit. Encore.

Photographie de Kristina Manchenko sur unsplash.com

A la ville, je n’veux plus y aller.

Y a quelque chose de cassé. C’est bizarre, ça m’a sauté à la gueule comme ça, sous le masque. J’étais dans le tramway et puis j’allais jusqu’au port, pour prendre un bus et rentrer, à Villefranche ; une balade rapide à Nice, plus brève que prévue d’ailleurs, je me suis rendu sur la Promenade des Anglais, y avait du soleil, du vent, des embruns, un peu de monde mais pas trop, des masques. J’ai voulu faire quelques photographies, j’en ai fait cinq, et puis je suis parti.

Y a quelque chose de foutu, et je sais pas si on peut réparer ça, et quand surtout.

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Maman m’a dit.

Maman m’a dit qu’il ne fallait pas que j’écrive, que j’arrête de penser à l’écriture, les nouvelles, la poésie, les romans, le théâtre. Que c’était pas le moment de penser à toutes ces choses. Que ce qui compte, c’est trouver un job alimentaire, parce que ça c’est important, trouver un job physiquement éprouvant, mal payé, chronophage, qui permet juste de bouffer et payer les factures, même pas de partir en vacances.

C’est important, de se conformer aux souhaits et exigences de la société et de la conjoncture qui veulent faire du citoyen un bon petit soldat économiquement responsable et politiquement irréprochable.

C’est important, de se rappeler ce moment de vie, quand maman avait fait une énième tentative de suicide, que le docteur de la famille, le gentil docteur que je voyais comme un héros discret, humain, compréhensif, avait alors dit à l’élève brillant que j’étais que je ferais mieux d’arrêter les études, à quinze ans, de trouver un job (alimentaire), une formation, un truc quoi, pour aider papa-maman à payer les factures.

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Et c’est pour ça, qu’on attend.

Annihilation des motivations.

Dans l’attente d’une libération.

Libération des volontés, des projets, des plans d’action.

On attend comme des cons. On attendait un feu-vert, on a eu un couvre-feu.

On attend, qu’on nous donne l’autorisation d’espérer à nouveau.

Tout est en pause : seul le travail continue et seules comptent les heures passées en subordination.

Se lever devient un défi, croire une quête, programmer un challenge, et vivre une attente.

Des masques, des papiers, des écrans avec QR code, des peurs, croiser un flic, rentrer trop tard, cocher la mauvaise case. Et puis choper un virus.

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De la pluie, un train et une paquet de clopes

Photo de Cat Crawford sur Pexels.com

C’était un jour comme aujourd’hui : il pleuvait, gris, froid, un printemps sur la Côte.

J’ai pris le train pour Tende. En fin de matinée.

Dans ce train, j’étais tout seul dans la rame ; j’ai mis mon casque sur les oreilles, y avait Makeba, de la chanteuse Jain, c’est la première chanson qui s’est lancée.

J’ai regardé le paysage, c’était joli, dans cette grisaille, cette brume, j’adore ça, dès qu’on monte un peu dans les terres, je crois que je suis plus un gars de la montagne que de la mer, le train est passé par des villes que je n’avais jamais visitées, je me suis dit qu’il fallait que je revienne, un autre jour, dans d’autres circonstances.

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Le gâteau.

Photo de Samad Ismayilov sur Pexels.com

Je sonne, elle ouvre, elle a une tenue, ce genre de tenue, tu sais, qui te fait dire que ça va bien se passer ou très mal se passer, ou que rien ne va se passer.

Je rentre. On dit des trucs un peu banal.

Elle me dit « Bon, faut être clair, j’ai rencontré un gars, il est gentil. »

Je lui dis « Gentil comment ? Comme ta tenue ? »

Elle me répond non, lui, il est vraiment gentil.

J’entends, pas comme toi. Mais je suis gentil, parce que si j’étais pas gentil, avec ta tenue, je t’aurais déjà plaquée contre un mur.

« OK, et donc ? Faut plus que tu me voies ? Tu veux juste voir ton gars gentil ? »

« Ouais, c’est ça, faut plus qu’on se voie »

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Les joues des autres

Photo de Pixabay sur Pexels.com

Tu le sais bien.

Y a que toi.

Les autres, celles qui sont là, devant moi, à tortiller du cul, à balancer des parfums, des sourires, des regards qui te disent « oui, hein, t’as vu, mais non baltringue », ben c’est juste des morceaux de petits bonheurs qui passent devant moi, que je prends comme ça, histoire d’un plaisir des yeux éphémère, juste comme ça, c’est juste des bouts de vie, des bouts de moments furtifs, des bouts de joie de l’âme, des trucs qui passent, je regarde, et j’oublie juste après. C’est rien, tout ça, c’est juste apprécier la beauté, on peut apprécier ce genre de chose sans remettre en question les autres bouts de vie, ceux qui comptent, ceux qui font qu’on se lève le matin, qu’on regarde à coté de soi, qu’on voie une femme endormie, qu’on lui prépare le café, qu’on sait qu’elle va gueuler parce qu’on est rentré tard, mais c’est pas grave, c’est juste un bout de vie auquel je m’accroche, contrairement aux autres qui s’évanouissent dès que tu me regardes. Poursuivre la lecture de « Les joues des autres »

Sans sens.

Photo de Vladyslav Dukhin sur Pexels.com

L’abstraction d’une plénitude intemporelle nous conduit sur les remparts de la connaissance, avec comme armes désamorcées nos attentes illusoires d’un monde sans savoir mais sans cris. Sans crimes et sans devoir. Sans s’échoir sur un rocher vide de sens, égratignant nos plaisirs éphémères. Les navires sans phares nous enjoignent à suivre leurs lignes flottantes, les phares sans éclat se livrent à des jeux d’ombres qui nous cavernent dans des états sombres, des états de silence dans l’espoir d’une lueur, loin, des lumières qui s’envolent après les horizons.

Et quand les horizons se fanent ne reste que l’unisson d’un râle. Et tu entends les vagues d’ennui, tu entends le clapotis des chaines qu’on déchaîne et qu’on tourne autour des rêves engloutis.

L’inénarrable silence emplit de sa froideur suave les temps impartis, qui reviennent et se posent, comme mille oiseaux qui branchent, sautant de larmes en lèvres asséchées par l’absence, sautant de ma vie à ton ombre, lumière fut, noir déçu, noir fendu par un halo de vie,

Et je chante.

Le silence qui pleure.

Les cartons

Je me glisse à coté d’elle, je frôle sa cuisse, sa peau est douce,
ça sonne à la porte,
c’est lui, tu peux y aller ?
Oui, je dis, je m’en occupe.
C’est ça, c’est comme ça, il est là pour la gamine, c’est son jour,
il l’amène au parc, elle est déjà prête depuis une heure la gamine,
elle s’en va, merci qu’il me dit, de rien, je lui réponds.
Je retourne m’allonger, le café est chaud dans la cuisine, ça sent le café jusque là.
Tu veux un café ?
Non, elle répond, non, juste oublier qu’il est venu. Tu peux faire ça ?
Oh oui, ça je peux faire, bien ou pas, mais je peux essayer, c’est sûr.
Alors on essaie, on s’en sort bien, pendant dix minutes.
On oublie, enfin on croit oublier. Poursuivre la lecture de « Les cartons »

OFFRE D’EMPLOI

NOTRE ENTREPRISE : Nous sommes depuis 47 ans l’un des leaders de l’introspection.
Notre expérience en la matière fait de notre entreprise LA référence incontestable et incontestée de la remise en question.
Notre solidité structurelle nous permet d’envisager l’avenir avec [veuillez insérer le mot qui vous convient] .
Notre vision du partenariat se veut équitable, honnête et constructive.
Après plusieurs années à définir les contours d’une alliance envisageable Poursuivre la lecture de « OFFRE D’EMPLOI »

Des gars qui tiennent les mains des filles

« Et toi, tu fais quoi ? »
Je tourne la tête, y a ce type, à un mètre, il me sourit, il lui manque une dent devant, au moins une, je vois pas les autres.
« Ben je prends un apéro. » je lui réponds.
« Ouais, un apéro, c’est ton quatrième verre, hein, pas vrai ? Ah ah ah » qu’il rigole, fier de son observation sherlockienne.
Tu veux quoi Jean-Blaise ? Fous-moi la paix, j’ai pas envie de sociabiliser là, ta gueule. Merci. Poursuivre la lecture de « Des gars qui tiennent les mains des filles »

Récréation.

24284.adduna-monsieur-l-ecrivain.w_1280.h_720.m_zoom.c_middle.ts_1389435263.Un artiste déchu par les gens qui l’entourent
se croyant le meilleur, écrivait nuit et jour.
Maniant le stylo comme on manie une arme,
il accouchait des maux qui nuisaient à son âme.
Il pondait ses bons mots tels des cris silencieux
et pensait, le tout beau, être talentueux.
Il regardait, pensif, le monde autour de lui,
en écoutant des muses qui inspiraient sa vie.
Les feuilles gribouillées s’entassaient dans un coin,
des centaines de pages pour une histoire sans fin. Poursuivre la lecture de « Récréation. »

Je suis artiste.

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La salle est froide, vide ; quelques fauteuils sont remplis de gens et d’orgueil.
La réunion commence, voix basse, personne n’entend mais tout le monde écoute.

Chacun est prêt à exposer les grandes lignes de son projet photographique, en ayant l’œil furtivement posé sur sa montre.
Le discours se fait plus audible, du coup les questions inutiles tombent et jettent la lumière sur ces anonymes qui ne le sont plus.
Certains veulent vectoriser les médias ou médiatiser par un vecteur, d’autres veulent faire sauter les élèves par-dessus des lignes à haute tension. Poursuivre la lecture de « Je suis artiste. »

L’important, c’est la rose…

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20h20…
Bientôt, le 14 février ne sera plus.
Tant mieux. Dégage. Saint Valentin…
Eh, vous saviez qu’à la base, ben le 15 février (oui, oui, le 15) en Rome Antique (j’aime les majuscules) était célébré la fête du sexe ? Du SEXE ! Allô ? Yep. Pas d’amour, de billets doux, non, juste de la fornication…
Et bien avant que notre sainte mère l’église décrète le 14 février comme jour de Saint Valentin (bon, lequel, je sais pas trop, vu qu’il y a eu 3 Valentins officiellement martyrs. Plouf, plouf, qui sera le Valentin qui va faire chier tous les célibataires pendant des siècles et siècles… Ah, bah c’est toi, Valentin…), bien avant disais-je donc précédemment plus haut dans cette phrase, ce jour de « fête » (païenne, bien sûr) célébrait les CELIBATAIRES ! Et pan ! dans ta gueule Cupidon ! Poursuivre la lecture de « L’important, c’est la rose… »

Rêve…

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Je suis dans un bus. Je ne sais pas où nous allons, mais le temps est chaud, ensoleillé.
Dans ce bus, j’ai l’impression d’être le seul homme ; tous les autres passagers sont des filles, de jolies filles…
A un moment, quelqu’un demande à aller aux WC. Il (tiens, un autre homme ?) ouvre la petite porte des toilettes et se retrouve devant un trou, à la place des sanitaires, qui donne bien sûr sur la route qui défile à vive allure. Embêtant. Mais le rôle des toilettes manquantes s’arrête là, semble-t-il…
Dans le bus, les passagères, debout dans l’allée, regardent un livre ; dans ce livre, il manque un passage, effacé, ou pages arrachées, je ne sais plus, et cela embête tout le monde (peut-être un passage important, pour la suite du voyage ?). Poursuivre la lecture de « Rêve… »

Résolu.

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Je ne prends jamais de résolutions pour la nouvelle année.
Les résolutions, c’est bon pour les gens qui n’ont aucune volonté et qui, de facto, ne tiennent jamais leurs bonnes résolutions.
Et qui prennent toujours des résolutions, car ils savent qu’ils ne les tiendront pas, c’est aisé, mais bon, ça fait bien de faire de belles promesses au mieux un verre à la main, au pire la tête dans un seau…
Donc, je dis aujourd’hui que ma seule résolution est de ne pas prendre de résolutions. Poursuivre la lecture de « Résolu. »